
Noi gli eroi
Lagarce a écrit ce texte pour réjouir les comédiens de sa compagnie, en tournée avec Le Malade imaginaire de Molière, en puisant de nombreux personnages et dialogues dans le Journal de Franz Kafka. Mais l'histoire est assurément originale : après la fin d'une représentation, une famille de comédiens errants vivant dans l'Europe centrale en temps de guerre continue à jouer sa vie au milieu des solitudes, des désirs, des mesquineries, des utopies. Des êtres perdus, exilés, épuisés, à la limite de la survie et conscients de cela, mais encore capables de projeter de la pensée et de la poésie dans l'indifférence générale. Humour et mélancolie s'unissent formellement à une écriture qui écarte la voie directe du réalisme. Pas un énième « théâtre dans le théâtre », mais une œuvre universelle et vitale sur le spectre de la vieillesse, de la mort, de la guerre qui détruit et tourne autour de nous, pas si loin de nous.
Note d'intention
NOI GLI EROI n'est pas seulement une représentation d'acteurs qui ne parviennent pas à mettre en scène un spectacle, mais devient une sorte de « mémorial de la perte ». Les personnages sont plongés dans un présent suspendu, qui se nourrit de souvenirs fragmentés et d'une mémoire incapable de fixer un passé stable ou de se projeter dans l'avenir. Cette dynamique traduit un profond sentiment de discontinuité temporelle, qui reflète l'expérience existentielle de Lagarce, marquée par la
maladie et la conscience d'une mort imminente.
J'imagine de longues funérailles sans corps, une tragédie suspendue entre plaisanteries et rires, où les discours et les mots remplacent la prise de conscience : le mort doit être enterré, puis laissé partir pour passer à autre chose. Mais la mémoire est incertaine, le temps s'effrite, la peur de l'oubli rend tout le monde plus faible et, dans cette situation, les régimes trouvent des failles dans lesquelles s'insérer avec aisance et arrogance. La force tragique n'est pas le destin, mais l'inaction des hommes. Et cette inaction est une forme de perte radicale, non seulement de l'événement théâtral, mais de la possibilité même de vivre pleinement. Notre vie aussi est un théâtre qui ne monte jamais sur scène.
Le spectacle qui ne se réalisera jamais est précisément « Noi, gli eroi » lui-même. L'art a-t-il échoué en tant qu'instrument pour donner un sens au monde ?
NOI GLI EROI vit dans ce « nous » qui contient en lui la force de l'unité : c'est l'expérience universelle et personnelle de la perte, qui transforme le théâtre en un lieu fragile de témoignage et de mémoire.
Et les héros sont là, sur scène, à mi-chemin entre Achille et Superman : apparemment invulnérables, capables de voler, dotés d'une vue aux rayons X, d'une super audition, d'un super-souffle... et pourtant si délicats qu'ils meurent si une pierre de kryptonite les effleure...
Giorgia Cerruti
Source : Piccola Magnolia
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