
Faust. Fait, non dit.
Avec Faust, Romeo Castellucci s’attaque à nouveau à l’un des mythes fondateurs de notre culture occidentale. À travers celui-ci, le metteur en scène italien se fait architecte du chaos pour mieux embrasser toutes les contradictions de notre monde contemporain.
« Chaos ». C’est le premier mot qui vient à la bouche de Romeo Castellucci lorsqu’il évoque ce Faust sans paroles, « presque sans aucun rapport avec la littérature », mais dont l’ombre évidemment se mire dans l’œuvre double de Goethe, et dans toute la mythologie qui le précède. Ce chaos, c’est celui du sens des choses, cette déception nihiliste vis-à-vis du savoir qui, dans le Faust I, précède la rencontre avec Méphistophélès. C’est aussi le chaos du Faust II, ensorcelante parabole posthume où se mêlent l’histoire, la politique, la philosophie… Quelle vision Romeo Castellucci va-t-il proposer de cette œuvre monumentale, vertigineuse et prophétique vortex annonçant toutes les contradictions de notre monde contemporain ? Et quel dialogue ce sorcier des plateaux va-t-il nouer avec cette figure mythique dans laquelle il voit la métaphore du rapport entre l’artiste et le mal ? Dans ce face-à-face, on sait seulement que Méphistophélès sera partout et nulle part, désincarné et diabolique, omniprésent et invisible.
Devinettes par Roméeo Castellucci
Devinette numéro un
Je ne vis pas dans le nom, mais dans la marque
Je choisis le moment, mais lui ne me veut pas
Ce que je cherche me dévore
Ce qui me dévore ne me rassasie pas
Quand j’ai signé, la main était mienne
Quand j’ai parlé, la voix était celle d’un autre
Depuis, je marche en compagnie de ce que j’ai demandé
Et plus j’avance, plus le sol devient un fil
Mon habit ne me réchauffe pas, ne me pèse pas, ne tombe pas
Qui suis-je ?
Devinette numéro deux
Je ne crée pas : je corrode
Je ne nie pas le vrai, je le rends inutile
Je ne frappe pas : je suis déjà dedans
Je ne mens pas : j’incline les mots
J’apporte la lumière sans chaleur
Je conseille des routes qui descendent en montant
Je ne demande pas l’âme : je la fais paraître un reste
Je souris quand tu consens
Je disparais quand tu m’invoques
Qui suis-je ?
Devinette numéro trois
Je me brise en mille et pourtant je suis un
Celui qui tente de me dompter est trouvé par moi
Celui qui tente de m’ignorer tombe dans mes bras
Je suis le vent qui plie les arbres sans raison
Celui qui me cherche dans l’erreur me trouve dans la règle
Je suis le cœur secret de ce que tu appelles loi
Je n’ai pas de forme, je les possède toutes
Les rois me craignent, les vents m’invoquent
Qui suis-je ?
Source : Journal de l'Odeon