Carolina Bianchi

Bianchi Carolina

En cinq dates

06.02.1984 
Porto Alegre, Brésil – J’entends l’appel du retour.

2016 
J’écris : Je cherche des artistes de sexe masculin qui s’intéressent aux arts de la scène, physiquement disponibles et intéressés par des expérimentations poétiques autour de certains aspects de ce que nous pouvons appeler masculinité – pour une résidence artistique axée sur un certain nombre de pratiques performatives et des exercices que j’ai créés, nécessitant une intense physicalité et imagination. La résidence dure une semaine et aura lieu tous les après-midis à l’Oficina Oswald de Andrade, dans le quartier Bom Retiro, à São Paulo. Une trentaine de personnes seront sélectionnées. À partir de cette expérience, je proposerai à quinze artistes d’intégrer le spectacle Lobo [Loup], que je mettrai en scène, et dont la première est
prévue en 2017/2018, à São Paulo. Important : être disponible pour participer à toutes les rencontres et savoir que, dans ce travail, tous les corps seront nus.

20.09.2020 
Départ pour l’Europe. Parfois, je pense que je suis plus jeune que je ne le suis réellement. Angoisse totale, hiver,
solitude brutale, presque pas d’argent. Mon amie Carolina Mendonça prend un train depuis Bruxelles, elle me rejoint à Amsterdam pendant les quelques jours sans confinement. Nous allons commencer le travail de ce qui deviendra plus tard le premier chapitre de la Trilogie des chiennes. Quand je la vois, je la prends dans mes bras très, très longtemps et, à genoux, comme une enfant, je lui demande de ne pas se dire au revoir.

06.07.2023 
Première de A Noiva e o Boa Noite Cinderela, premier chapitre de la Trilogie des chiennes au Festival d’Avignon.  Jour de la mort de José Celso Martinez Corrêa, fondateur du Teatro Oficina à São Paulo et l’un des plus importants metteurs
en scène de l’histoire du théâtre brésilien (j’aimerais ouvrir ici un portail temporel car cette date mène directement à une autre
date – le 18 août 2018 – jour de la première de Lobo [Loup] au Teatro Oficina, avec une distribution de trente performeurs. Entre un immense squirt du théâtre pendant que je baisais avec une langouste, les vomissements de certaines personnes dans le public et les émotions à fleur de peau, Zé Celso était là, simplement, il voyait tout. Puis un message audio sur mon téléphone qui se terminait par « à vous, mon amour éternel »).

12.07.2026 
Je présente pour la première fois, en une seule séquence, les trois spectacles qui constituent la Trilogie des chiennes au Festival d’Avignon : A Noiva e o Boa Noite Cinderela, The Brotherhood et Uma Luz Cordial. Je suis accompagnée des artistes qui forment avec moi ce que nous appelons « Cara de Cavalo », une compagnie de théâtre qui fonctionne toujours de la même manière depuis plus de dix ans, et dont les artistes sont aussi mes amis les plus chers. Durant ces dix heures, je dors et je me réveille sur scène. Expérience hallucinatoire. Je pense : demain, qu’écrirai-je à propos d’aujourd’hui ? Pendant dix heures, j’essaie de rester éveillée après avoir ingéré un mélange de sédatifs et d’alcool – le Boa Noite Cinderela comme on l’appelle au Brésil. Si je survis, vous me verrez sur scène dans ce théâtre – l’Odéon – à Paris, à l’automne de cette même année. Si je ne survis pas, vous verrez un double, un alter ego qui aura appris mes répliques et mes gestes, et qui aura sûrement plus d’aisance sur scène que moi, ce qui peut être une grande chance pour le spectateur, selon les différents points de vue ou les opinions personnelles. Peu importe lequel des deux destins s’accomplira. Ce qui m’importe, c’est qu’avant que tout ne commence, sur scène et en cercle, l’équipe et moi, nous nous prenons dans les bras et, les yeux humides pleins de vie, nous disons : Axé.