Olivier Py

Py Olivier
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La Cage aux folles

Jerry Herman , Harvey Fierstein , Olivier Py

Compositeur et parolier américain, Jerry Herman a connu son premier succès en 1964, avec Hello, Dolly ! En 1983, il triomphe encore à Broadway grâce à La Cage aux folles. Avec la complicité d’Harvey Fierstein, auteur du livret de la comédie musicale, les deux défenseurs des droits LGBTQI+ adaptent la pièce de Jean Poiret et créent une œuvre originale qui, lorsqu’elle traverse l’Atlantique, devient une ode à la diversité. Reprise à Broadway en 2004-2005, La Cage aux folles est célébrée par la critique internationale et est couronnée de nombreux Tony Awards et Drama Desk Awards.

Travestis tapageurs, homosexuels efféminés, les « folles » ont toujours lutté. Tant pour la différence que pour l’indifférence.

Note d'intention d'Olivir Py (1/3)

Il serait plus juste de parler « des » Cages aux folles, plutôt que de « la » Cage aux folles. En effet, en 1976, Jean Poiret connaît un succès sans égal avec La Cage aux folles, une pièce de théâtre de boulevard qui met en scène deux artistes cabarettistes, dont un travesti haut en couleur, suivant ainsi le canevas des comédies de Molière. À cette époque, Paris connaît une floraison de cabaret travestis, de l’Alcazar à Michou, en passant par la grande Eugène.
Grâce au génie des deux acteurs, dont l’invraisemblable Michel Serrault, la communauté homosexuelle adopte la pièce de Jean Poiret et l’applaudit, non sans ambivalence. De ce succès naît un film produit par les Italiens – les producteurs français étant trop frileux – et Uggo Tognazzi, star immense de la comédie transalpine, remplace alors Jean Poiret. Lefilm, lui aussi, connaît un succès international et le titre devient une franchise : La Cage aux folles 2 est réalisée, puis 3 ! C’est quasiment la première représentation grand public de l’homosexualité en France.

À New York, Jerry Herman voit cet étrange film français qu’il juge à la fois audacieux comme aucun et rempli de clichés. Dès lors, il a l’idée très subversive de l’adapter en comédie musicale. Jerry Herman est alors reconnu comme un auteur « classique » de Broadway : Hello Dolly !, Mame ! et Dear World ont été des succès historiques. À ce moment, la comédie musicale a déjà muté vers le genre pop-rock, sous l’influence d’Andrew Loyd Weber, ou s’est intellectualisée avec les œuvres de Steven Sondheim. Jerry Herman rêve quant à lui d’une comédie à l’ancienne dont le sujet serait, par contre, très contemporain. Il demande à Harvey Fierstein de lui écrire un livret à partir du scénario original de La Cage aux folles, tandis qu’il compose des chansons qui approfondissent considérablement les personnages et la situation.

Fierstein est d’abord réticent car il déteste le film, condamnant la faiblesse de sa perspective militante. Mais il accepte la proposition d’Herman, à la seule condition de transformer l’œuvre en une revendication politique pour le droit d’aimer librement et le droit d’être soi.Plus tard, Fierstein réalise le très beau Torch song Trilogy dont le personnage central est aussi un cabarettiste transformiste. Le succès est encore au rendez-vous. L’œuvre rafle tous les prix aux États-Unis, puis s’exporte partout en Europe, et ailleurs. Plusieurs reprises à Broadway ne démentent jamais le triomphe, durable. Dorénavant, La Cage aux folles est représentative de la parole des LGBTQIA+.

La chanson tirée de la comédie musicale I Am What I Am, devient une sorte d’hymne disco de Pride. Il est vrai qu’entre la création de la pièce de boulevard à Paris et celle de la comédie musicale à Broadway, le monde et les combats pour les droits de tous, ont explosé. La comédie musicale en a pris la mesure et est devenue une œuvre profondément politique. La comédie musicale La Cage aux folles – en français dans le texte – connaît une histoire parallèle à celle des Misérables. En effet, comme pour Les Mis’, le succès est planétaire… sauf en France, où l’image de la pièce et du film empêchent la découverte de la version de Jerry Herman.

Quel est l'apport politique de la version de Jerry Herman ? (2/3

La plupart des thématiques sont déjà présentes dans la pièce originale de Jean Poiret mais la pièce de boulevard ne songe pas à les exalter en une revendication politique universelle. Au contraire, elle fait de ses personnages des « monstres exotiques drôles et pathétiques ». La Zaza de Michel Serrault, est moins la porte-parole d’une révolution sociale qu’un clown délirant. La comédie musicale en revanche est en synergie avec les combats qui ont commencé lors des émeutes de Stonewall, en 1969, en particulier le combat pour le droit à la liberté d’orientation sexuelle et la liberté de genre. En 1983, ce combat est sur le point d’être frappé par le sida. La chanson d’espérance de la fin de la comédie musicale, The best of Life is wow, en français, On ne vit qu’une fois, sonne comme un chant de résilience dans un monde dévasté par l’épidémie. Dès lors, la comédie musicale répond au silence tragique de la société et à l’abandon des politiques sanitaires.

L’œuvre de Jerry Herman et Harvey Fierstein met aussi l’accent sur l’homoparentalité, cause qui n’est pas centrale au moment de la création et qui ne le deviendra que vingt ans plus tard. C’est une différence majeure avec la pièce de boulevard. Désormais, l’homoparentalité est prise au sérieux : Albin est bien « la mère » de Jean-Michel, dont la mère biologique est d’ailleurs absente.
Autre sujet très en avance pour son temps, l’idée que l’extrême droite (aujourd’hui celle de Trump, de Bolsonaro, d’Erdogan et en France celle de la « Manif pour tous ») utilisera les combats des gays, des lesbiennes et des trans à la fois comme épouvantail, bouc émissaire et vecteur central de la révolution conservatrice. Au tout début des années 1990, l’extrême droite n’est qu’à 2 % dans les sondages et les combats de genre ne sont certainement pas le cœur de sa cible. Ce mouvement arrivera 20 ans plus tard : aujourd’hui le drapeau arc-en-ciel est l’ennemi numéro 1 des extrêmes droites et des populismes réactionnaires.

N’oublions pas que même à Broadway, au début des années 80, les personnages homosexuels, a fortiori vieillissant et non binaires, n’existent pas. Il n’y a pas même de formulations de ces identités. Au sein de la communauté LGBTQIA+, les « gays » ne sont pas toujours accueillants avec les « fairies » qui revendiquent une fluidité de genre, un style de vie non conformiste et une esthétique décalée. Les folles deviennent plus subversives que les gays y compris au cœur de la communauté.

Bref, sur tous les combats La Cage aux folles a vingt ans d’avance et constitue l’avant-garde d’une révolution sociétale mondiale à venir.

D'un point de vue esthétique ? (3/3)

Au-delà du champ politique, une différence majeure existe entre la pièce de théâtre de boulevard et le musical : cela tient au fait qu’au théâtre on représente toujours le cabaret de Zaza en off, tandis que les auteurs du musical en font le cœur de l’action, allant même jusqu’à inventer un « personnage-groupe », les « cagelles ». Les cagelles rythment l’œuvre, à la manière d’un chœur grec. Ces artistes danseurs, chanteurs et travestis, rendent la comédie musicale hautement méta théâtrale. Par-delà les questions de genre et de sexe, cela constitue aussi une méditation sur les grandeurs et les misères de la scène. Jerry Herman introduit une mélancolie et une douleur faisant alterner les numéros de vaudeville avec des arias déchirantes où la vie des artistes scène est vue comme le dernier soubresaut d’héroïsme face à la bêtise du monde.

Contrairement aux personnages de vaudeville, les personnages de la comédie musicale ont une haute conscience de leur combat. Chacun mène un combat pour la reconnaissance de son art, tout autant qu’un combat pour les libertés fondamentales. L’esthétique et l’éthique se rejoignent donc chez Zaza qui exprime toujours « le droit d’être soi », c’est-à-dire le droit d’être habillé en femme, d’être mère, d’être libre, à la fois sur scène et dans la vie, et toujours l’un par l’autre. Cette Cage aux folles est donc une œuvre magistrale sur ce que c’est que l’art de la scène et particulièrement pour des artistes pratiquant un art considéré comme mineur.

Jerry Herman signe là son testament. Il ne renie aucunement la comédie musicale classique, ses numéros de claquettes, ses chœurs snappy, ses standards et son orchestration Broadway, mais il signe un testament bien plus tourné vers l’avenir que vers le passé. Il a clairement identifié le combat des générations d’avenir. Il a mêlé avec délicatesse le combat plus politique avec le divertissement le plus intelligent, il a osé une forme traditionnelle au service d’une histoire nouvelle, il a enfin parlé de lui tout en créant un propos universel.

Et voilà comment cinquante ans plus tard, Zaza revient à Paris, son lieu de naissance. Paris va donc retrouver La Cage aux folles, après ce long parcours transatlantique dans une version française inédite. Sinon que le monde a changé depuis la création de Broadway : si le mariage pour tous a fait accepter les couples homosexuels dans une partie de la société, la fluidité de genre ainsi que la légitimité des personnes trans est partout remise en cause.
L’arc-en-ciel du drapeau LGBTQIA+ s’est paré de nouvelles couleurs, mais il est aussi brûlé ici et là et continue de faire scandale partout dans le monde. Beaucoup de grands compositeurs, ont fait entrer le souffle de la révolution dans leur œuvre, notamment à l’opéra. Parfois, cela a permis de redéfinir le sens de l’art populaire : personne n’aurait pu croire, il y a un demi-siècle, que cette œuvre deviendrait un objet de lutte politique.

Aujourd’hui, La Cage aux folles est un spectacle pour tous, homos, hétéros, jeunes ou vieux… c’est un spectacle à voir en famille et c’est un spectacle qui raconte l’histoire d’une famille. Jerry Herman disait que c’était tout simplement l’histoire d’un couple en crise à cause de leur enfant. Une histoire banale, si la mère de cet enfant n’était pas un homme, artiste de cabaret.

La Cage aux folles est une leçon de tolérance qu’on aime car elle ne fait pas de sermon. Elle se contente de nous faire rire et pleurer, et nous émeut profondément. Une nouvelle génération, Z ou Alpha, va découvrir ces personnages. Elle en fera ses contemporains car les valeurs de cette cage ne sont pas générationnelles : en effet, le combat pour l’égalité et les droits n’est jamais clos.

Critiques

  • Libération
    par Gilles Renault

    «la Cage aux folles» s’envole dans les plumes

    Ravivée avec une débauche de moyens et d’entrain par Olivier Py, la comédie musicale rutilante centrée autour de Laurent Lafitte s’épanouit en ode pour la tolérance.

    Recommandation :
    A voir
  • Coups d'Œil
    par Marie-Céline Nivière

    Le Théâtre du Châtelet est en fête

    Le spectacle fait salle comble et soulève son public, de tout bord, de tout âge et d’horizons variés, dans une salve d’applaudissements. Olivier Py a gagné son pari.

  • Webtheatre
    par Noël Tinazzi

    Des folles fières

    Laurent Lafitte fait un tabac en Zaza dans la flamboyante comédie musicale La Cage aux folles adaptée et mise au goût du jour par Olivier Py.

    Recommandation :
    W W W
  • Télérama
    par Fabienne Pascaud

    “La Cage aux folles” : la relecture festive d’un hymne au droit d’aimer librement

    Olivier Py adapte la version musicale de la pièce de Jean Poiret, écrite en 1973, avec Laurent Lafitte dans le rôle principal. L’ex-directeur du Festival d’Avignon en propose une relecture joyeuse, qui fait chaud à l’âme et au cœur.

    Recommandation :
    TTT
    (abonnés)
  • ResMusica
    par Delphine Goater

    Olivier Py ouvre une très joyeuse Cage aux folles au Châtelet

    La nouvelle production proposée au Théâtre du Châtelet est une absolue réussite, avec un Laurent Lafitte phénoménal dans le rôle de Zaza.

  • Le Monde
    par Sandrine Blanchard

    Dans « La Cage aux folles », pour Laurent Lafitte, « le monde est moins dégueulasse recouvert de strass »

    Olivier Py fait de la comédie musicale une parenthèse enjouée ainsi qu’une ode à la liberté d’être soi.

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