
Celle qui doute
Keto a la démarche un peu voûtée, un léger accent géorgien, une culture et une gouaille sans pareilles. Interprète pour le cinéma, cette vieille dame sans âge, a l’art de se mêler de ce qui ne la regarde pas. Dans la même rue vit Isabelle, à l’esprit tantôt saugrenu tantôt abyssal. Elle voudrait tenter le stand-up depuis que son mari lui a dit, un soir dans la cuisine, qu’elle était drôle. Depuis, évidemment, elle doute. Il y a aussi la singulière Madeleine, seize ans, qui déborde d’envies et d’un amour secret.
Trois femmes, trois âges, trois manières de vivre leur corps, leurs désirs et d’habiter le monde. Au fil de balades en forêt et de confidences, Isabelle Lafon, seule en scène, compose une forme libre, entre adresse directe, fantaisie et jeu d’équilibre, où chaque hésitation devient un élan.
"Et si douter, c’était oser ?" par Isabelle Lafon
Savez-vous que je suis étrangement émue d’écrire cette note d’intention ou cette intention de note. Pour la première fois depuis longtemps je serai seule sur scène et je ne pourrai esquiver les lignes personnelles qui me hantent et qui pourraient me faire un peu peur. Mais la solitude m’oblige à oser. Et si douter, c’était oser ?
J’ai su très vite que cela ne pourrait être dans la suite des spectacles que j’ai jusqu’alors mis en scène et qu’il me faudrait du temps, beaucoup de temps.
J’ai commencé il y plus d’un an. Nous sommes en septembre, je ne suis nullement effrayée par ce drôle de spectacle qui, comme certains chevaux, se cabre beaucoup, n’accepte aucune bride.
Alors je m’assois au bord du plateau et j’essaye d’entendre ce que Celle qui doute veut raconter.
J’ai toujours l’impression, dès que je commence à répéter, qu’un spectacle sait mieux que moi où il doit aller ; il va me falloir comprendre son langage, ses codes, ses démocraties intérieures.
Et secrètement j’ai envie de tenter un triple saut périlleux avec la joie et l’effroi que cela procure.
Le point de départ : incarner, esquisser, se laisser emporter par trois femmes habitant rue de la Prévoyance à Vincennes. Trois femmes de générations différentes, comme on dit – peut-être un jour se permettra-t-on de ne plus faire ces distinctions.
Keto, 85 ans, d’origine géorgienne, interprète de langues dans le milieu du cinéma. J’ai envie là, déjà, de parler de son élégance, de sa vitalité exubérante, de sa sensualité, de sa culture.
Isabelle, 66 ans, comédienne qui doute, a le désir profond de faire un stand-up. Elle promène sa chienne tous les jours au bois de Vincennes.
Madeleine, 16 ans, jeune fille avec un léger handicap est pour la première fois amoureuse d’un jeune homme de son cours de karaté.
Keto et Isabelle connaissent Madeleine depuis qu’elle est venue habiter dans la rue. Keto et Isabelle se connaissent de vue. Je crois qu’Isabelle a toujours souhaité parler à Keto.
Un jour, Keto décide d’accompagner Isabelle et sa chienne à la promenade.
Elle s’y impose, comme elle le fait avec tant de charme et de franchise.
Et ce en automne, en hiver, au printemps « Les trois saisons… »
Qui accompagne qui ? Qui désire qui ?
Et le stand-up d’Isabelle ?
Il est en cours…
Isabelle Lafon
Source : Dossier de presse de La Colline, Paris
Critiques
La Terrassepar Anaïs HeluinIsabelle Lafon écrit, met en scène et interprète trois destins de femmes
Dans son seul en scène Celle qui doute, Isabelle Lafon fait du tremblement, de l’incertitude qu’elle cultive depuis toujours dans son théâtre un espace de liberté où se rencontrent trois femmes. Trois manières d’habiter le monde.