Présentation de la revue
La Récolte est une revue annuelle née en 2019, de l’envie de comités de lecture permanents de créer un outil collectif au service de la promotion et de la diffusion des écritures théâtrales d’aujourd’hui.
Chaque année, La Récolte présente huit œuvres récentes, inédites à l’édition, en larges extraits. Ces pièces sont intégrées dans un cahier critique et iconographique qui permet d’entrer plus intensément dans la démarche des auteurs et des autrices.
Chaque numéro est également l’occasion d’une réflexion sur l’écriture théâtrale, portée par des auteurs et des autrices à l’écriture reconnue plus largement.
La Récolte s’adresse à un public curieux de découvrir les écritures d’aujourd’hui, par-delà les cercles de connaissance et d’expertise.
Sommaire
Ouverture
Par Pauline Sales, écrivaine, comédienne et metteuse en scène, autrice d’une vingtaine de pièces publiées aux Solitaires intempestifs.
Écriture / Enjeux
Réflexion sur l’écriture théâtrale menée en duo par des auteurs et des autrices, confiée cette année à Marcos Caramés-Blanco & Samaëlle Steiner, qui dialogueront sur le rapport entre leur écriture et la ou les marges…
Les textes
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LOVE – exercice argumentatif – Sivan Ben Yishai (trad. de Julie Tirard)
À travers le prisme du personnage d'Olive Oil, Sivan Ben Yishai propose une nouvelle lecture de la bande dessinée Popeye qu’elle recentre sur la question du couple. Olive est une femme forte, indépendante et intelligente qui se sent profondément chanceuse d'avoir à ses côtés Popeye, homme attirant et robuste. Après s'être d'abord convaincue qu'elle est sur la bonne voie pour réussir sa vie de femme moderne, elle entre dans une rage mythique. Sivan Ben Yishai révèle la persistance des schémas patriarcaux et des angles morts dans nos façons d'aimer. Avec une précision impitoyable, elle dissèque une tentative de relation amoureuse pour démontrer que l’intime est politique.
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Huit fois le feu – Sara Bourre
En 1981, à Lübeck, une mère abat en pleine audience l’homme jugé pour le meurtre de sa fille, Anna, alors âgée de sept ans. Inspiré du cas réel de Marianne Bachmeier, Huit fois le feu est un monologue qui retrace le crime, le procès et le geste des huit tirs portés contre l’accusé. Le texte cherche à interroger les limites de la justice, la possibilité d’une réparation et ce qui peut conduire une mère à commettre l’irréparable.
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Une Vénus de 5743 ans – Olivia Csiky Trnka
Dans une maison de retraite, une vieille femme perd la tête. Aussi suppliante que menaçante, elle s’en prend au personnel tandis que sa petite fille ne vient plus lui rendre visite. Soudain, elle retrouve son flacon de pentobarbital, dissimulé jusqu’à présent, ultime ressource afin de pouvoir partir comme elle l’a décidé, retrouver sa dignité. Alors, elle porte un toast : une assemblée de fantômes, le public, apparaît. Entre femme d’affaires vorace, boomer naïve et grand-mère repentante, elle se tord entre souvenirs et désirs. En riant, cette Vénus revendique la splendeur et la consolation comme l’absurde et la grâce.
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Lichka, ville d’amour – Nicolas Girard-Michelotti
Quand, à Lichka, en Europe, Théo avoue un soir ses sentiments à Ludmila, la pluie se change en neige. Pour une année, la ville s’endort sous un sortilège d’hiver : la neige ne fond pas, et les couples se font et se défont, tandis que, dans la nuit, les garçons aux traits noirs font planer leur menace.
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L’Homme en son jardin – Ludovic Longelin
Philippe habite un petit lotissement à la campagne. Ann est venue le rejoindre pour passer quelques jours chez lui avant son concert. Attenant à leur jardin, les jardins voisins. On s’y croit seul au monde. En ce matin de Finale de Coupe du Monde, tout est joyeux : les enfants jouent gaiement dans la rue, les oiseaux chantent. Tout le monde se prépare pour le match : apéros, barbecue, rires, musiques... Tout peut être dit, tout semble possible, un vent de liberté. Ann et Philippe, en couple amoureux, profitent aussi de cette belle journée. Jusqu’à ce qu’une phrase dévastatrice leur parvienne du jardin voisin.
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Les Dispersés – Éric Maniengui
Les Dispersés raconte la réunion d’une grande fratrie d’origine congolaise, lors d’une veillée mortuaire en Île-de-France. Vingt-quatre frères et sœurs, nés ici et là-bas, doivent décider du sort du corps de leur père : rapatriement, inhumation ou crémation. À travers Kim-Vi, Diaspo et La Cinquième Avenue, la pièce explore les tensions entre héritage, dette, transmission et désenchantement. La veillée devient un espace liminal où se révèlent les fractures diasporiques, entre humour, colère et quête d’un lieu impossible.
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Pensée sauvage – Galla Naccache-Gauthier
Deux jeunes sœurs Pensée et Meije évoluent dans un endroit hostile à leur épanouissement. Les montagnes les encerclent, les chasseurs règnent, les couvre-feux les enferment et les secrets de famille pourrissent à l’intérieur de leur maison. Dans cet espace, la nature est impactée et n’est plus neutre depuis longtemps dans les luttes et les fuites de ces habitant·es.[SG1] Des générations entières se sont succédé et rien ne semble avoir changé, tout se répète dans une boucle incessante rythmée par les saisons et leurs coutumes immuables, sans vague et sans opposition, jusqu’au jour où…
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Bleach me – Nalini Vidoolah Mootoosamy (traduction de Federica Martucci)
Ada, jeune scientifique noire, tombe enceinte de son compagnon blanc. Elle craint de ne pas pouvoir protéger l’enfant du racisme qui l’a marquée depuis son enfance, mais son compagnon réussit à la rassurer. Par ailleurs, elle s’oppose à sa propre mère qui veut lui transmettre les pratiques spirituelles et les superstitions nigérianes, tandis qu’Ada souhaite épouser le modèle rationnel européen. La naissance de l'enfant étonnamment blanche déclenche une spirale d’incompréhensions, de préjugés et de conflits. Comment une femme noire peut-elle être acceptée en tant que mère d'une enfant blanche ?