Sophie Merceron

Merceron Sophie
Image du spectacle

Les Pieuvres

Guillaume Bariou, Sophie Merceron

Simon et Ulysse traînent leur fatigue du monde. Deux garçons un peu perdus, échoués entre l’enfance et l’adolescence. Puis surgit Ana.
Cheveux bleus, énergie étrange, présence indomptable. Elle fait vaciller l’équilibre fragile du duo.
Tous les trois se retrouvent enfermés dans les vestiaires d’un centre spécialisé « pour celles et ceux qui ne marchent pas droit ».
Dehors, le monde semble hostile. Les adultes jugent, les camarades excluent, les blessures s’accumulent.
Alors les trois adolescents inventent autre chose.
Dans ce vestiaire devenu territoire imaginaire, ils transforment l’espace en terrain d’aventure. Les peurs prennent des formes mythologiques. Les blessures deviennent des créatures intérieures : des pieuvres qui nagent dans leurs têtes.
Peu à peu, le trio devient une tribu.
Une micro-société fragile et indomptable.
Et quelque part au loin, un ouragan moldave nommé Ivan semble prêt à tout emporter.

C’est l’histoire de trois gamin·es cabossé·es par la vie.

Dans une piscine, deux jeunes échoués entre l’enfance et l’adolescence : Simon et Ulysse.
Et puis c’est Ana, une fille mystérieuse aux cheveux bleus qui surgit et bouleverse leur duo.
Ils et elle se retrouvent enfermé·es dans les vestiaires d’un centre spécialisé « pour celles et ceux qui ne marchent pas droit ».
Heurté·es par la violence du monde, l’étouffante pression des adultes, le rejet de leurs camarades et leurs propres traumatismes, les trois ados tentent de se reconstruire en défiant les règles imposées. Peu à peu, chacun·e apprivoise ses blessures, les pieuvres qui nagent dans sa tête.
Le trio devient une tribu presque animale qui, pourtant reclue, s’échappe du réel. Dans le vestiaire collectif devenu terrain vague utopique, elle transforme l’ennui en aventure, la solitude en alliance, la peur en bataille. Ce territoire où l’imaginaire et le mythe prennent le pouvoir, où la magie est toujours à portée de main est un pays d’enfance et de fantômes, où un ouragan moldave nommé Ivan s’apprête à tout balayer mais aussi un sanctuaire où l’on peut tenir tête à la fatalité.

Une pièce poétique et sauvage sur la résistance adolescente

C’est un texte où le rire côtoie l'émotion brute, qui parle de cet âge où l’on est à la fois féroce et fragile. Où l’on se cache dans les cages d’escalier, où l’on danse comme des possédé·es, où l’on cherche un endroit où respirer.
Le sauvage, chez Sophie Merceron, n'est pas une posture mais une nécessité vitale qui s'exprime dans la langue même. Cette sauvagerie n'est jamais artificielle, mais surgit comme une pulsion organique, un cri viscéral qui traverse la page. Son écriture fait coexister l'humour le plus mordant avec une tendresse absolue pour ses personnages. Jamais surplombante, elle
nous arrache à notre zone de confort pour nous précipiter dans les territoires indomptés de cette jeunesse qu'elle capture dans toute sa beauté farouche.
L’amitié adolescente peut être un refuge où l’on peut rire au nez du malheur, faire de ses failles une force, et de la tendresse, un super-pouvoir. Cette énergie adolescente est un réservoir d’imagination, d’amitié, de résistance où puiser encore nos forces.

Note d'intention

Cette création naît d’une confiance totale dans ce texte et dans la puissance de son récit.
Sophie Merceron me l’a fait découvrir avant d’en publier des extraits dans la revue La Récolte, bien avant son édition à L’école des loisirs. Il a immédiatement résonné avec mes préoccupations : comment faire communauté ? Comment l’imaginaire peut devenir un refuge et un outil pour affronter le réel ? Et puis avec mon univers : ces personnages à la marge, un peu freaks, et ces histoires d’ouragans et d’utopies me touchent.

Le texte de Sophie Merceron, en laissant une place essentielle à l’onirisme et à la poésie, offre un terrain de jeu théâtral exigeant. Sous ses airs de simplicité, il représente un véritable défi pour la mise en scène. Il s’agit d’une fable sur la résistance et le pouvoir des histoires. Trouver les bons outils pour la conter est donc essentiel. Comment ouvrir le plateau aux univers déployés dans le texte ? Comment rendre la puissance de didascalies qui sont ici de véritables scènes ?
Les didascalies dans Les pieuvres ne sont pas de simples indications techniques mais constituent des tableaux vivants, des paysages mentaux et des respirations poétiques qui structurent la narration.

Depuis sa création, la compagnie mise sur une narration croisée, où le corps affirme sa présence, où la musique résonne autant que les textes, où les dispositifs visuels et plastiques amplifient le récit. Avec Les Pieuvres, nous poursuivons notre quête d’un théâtre hybride, où les disciplines s’entrelacent et où l’imaginaire devient un territoire à explorer, un refuge pour la révolte et l’émerveillement.

Je souhaite ici travailler sur un principe fondamental de la bande dessinée : l’espace blanc entre les cases. Ce vide apparent, loin d’être une absence, est un terrain d’imaginaire où le spectateur reconstruit mentalement ce qui relie un point à un autre. De la même manière, sur scène, je veux offrir au public cette liberté de combler les ellipses, de créer du sens entre ce qui est montré et ce qui est suggéré. Ainsi, Les Pieuvres invite à une lecture active, où chaque jeune spectateur devient un maillon du récit, tissant des liens entre les images, les sons et le mouvement.

L’UNIVERS VISUEL
Trois comédien·nes – clairement plus âgé·es que leurs personnages – prennent en charge l’histoire et finissent par l’incarner. L’espace scénique évoque un atelier d’artiste, avec des établis, de la glaise, des peintures, du désordre et des caisses de transport en bois. Petit à petit, des œuvres simples et fragiles émergent et transforment le décor, créant une scénographie en perpétuelle mutation, une installation presque muséale qui nourrit la fable.
En arrière-plan, des dessins s’animent sur une toile. Je souhaite poursuivre ici la collaboration avec Benjamin Bachelier, initiée lors de la création d’Airstream live (2021). Il n’y aura pas de dessin en direct cette fois, mais son univers visuel imprégnera profondément la pièce.
Lors d’une première phase de recherche-création, nous avons commencé à co-réaliser des totems, des sculptures, et il a proposé des dessins qui viendront habiter la scène sous forme d’images projetées. Ces projections ne seront pas de simples accompagnements, mais de véritables partenaires de jeu, interagissant avec les corps et l’espace.

LA MUSIQUE
La musique occupe une place centrale dans les spectacles de la compagnie. Elle ne se contente pas d’accompagner l’histoire : elle en porte une partie.
Ici, je souhaite explorer un univers sonore inspiré par des artistes comme Caterina Barbieri et Pierre Desprats – une musique électronique synthétique, mais aussi organique et mélodique. Un son empreint de spiritualité, habité de voix fantomatiques et doté d’un sens narratif puissant.
Pour ce projet, je fais appel à Vincent Dupas, accompagné par Tom Beaudouin. Deux musiciens qui naviguent entre ambient-folk et synth-pop.
J’ai également sollicité Nosfell pour certaines parties vocales. Son usage singulier de la voix et sa langue inventée me semblent particulièrement pertinents pour donner corps à l’ouragan Ivan, cette présence invisible qui menace Simon, Ana et Ulysse. Ses mélopées étranges et oniriques permettront d’incarner cette force mystérieuse, métaphore des peurs qu’ils et elle doivent affronter.

LA SCÉNOGRAPHIE (ET LE RÉ-EMPLOI)
La scénographie s’apparente à un atelier d’artiste, un espace mental en perpétuelle construction, où les objets s’accumulent au fil de la pièce. Ce sont des objets-traces, des fragments de mémoire qui s’exposent et structurent le récit. Témoins silencieux, ils rendent visibles, de manière poétique, ce qui se joue sur le plateau : des souvenirs qui affleurent, des fantômes qui ressurgissent.
Lors des premières résidences, un travail approfondi sera mené sur ces objets. Leur fabrication, leur matière, leur charge sensible constitueront à eux seuls une part de la dramaturgie visuelle, dans toute sa richesse et son foisonnement.
Dans la continuité de notre démarche habituelle, nous aborderons la scénographie à travers le prisme du réemploi, privilégiant la récupération et les matériaux simples. Mais ici, il ne s’agit pas seulement d’un geste écologique ou économique : certains objets proviendront de créations passées, comme des échos du travail de la compagnie. En réinjectant ces éléments dans la scénographie, nous ne faisons pas que recycler ; nous créons des correspondances, nous tissons un dialogue entre les œuvres. Ces objets, porteurs d’histoires enfouies, deviennent des vecteurs de mémoire pour les personnages. Ils réactivent des souvenirs, déterrent des traumas, font surgir ce qui était resté dans l’ombre. Chaque élément scénique est un déclencheur, un seuil entre le passé et le présent, entre l’intime et le collectif.

Guillaume Bariou
Source : Dossier de la Cie

Calendrier des représentations

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