Cupidon est malade

Cupidon est malade
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Cupidon est malade

Pauline Sales, Jean Bellorini

Cupidon est malade s’inspire librement du Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare. Ici, c’est sous l’œil lucide des enfants que les joutes amoureuses battent leur plein. Et ce sont les parents qui en sont les victimes. Pour Pauline Sales, la commande de Fabrice Melquiot autour de ce texte était une bonne occasion de considérer pleinement le point de vue des enfants. Habitant instinctivement le monde surnaturel – dont les grandes personnes ont été chassées sans même s’en rendre compte –, ils peuvent espionner le monde dit réel et enquêter sur cette question mystérieuse et hautement importante qui les regarde de près : l’amour et le désamour.

Si avec les enfants le pacte de l’illusion semble plus simple à conclure, la proposition du metteur en scène ne diffère que peu de celles qu’il adresse habituellement aux adultes. Le public, Jean Bellorini ne le connaît que jeune. Par la musique et le caractère enlevé de ses spectacles, son théâtre convoque toujours le regard neuf de l’enfance. Cependant, il se pourrait que cette fois la magie donne des ailes à l’émerveillement et que dans l’allégresse le « vrai jeune » public décolle littéralement…

Note d’intention par Pauline Sales

Rêverie pour petits et grands autour du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare

Les enfants sont partout et on les oublie le plus souvent, même quand on en a, on les oublie. On oublie qu’une partie du monde est habitée par les enfants et l’influence que ça a et qui ne se mesure pas. On les oublie parce qu’il faut presque toujours penser à autre chose tout en pensant continuellement à eux quand on en a. Où trouver le temps, dans l’accélération du quotidien, de penser comme eux ? Eux ne nous oublient pratiquement jamais.
Comment auraient-ils le choix ? Nous les accompagnons, dirigeons, nourrissons, éduquons, bien ou mal, bien et mal. Regarder les enfants jouer, c’est en apprendre sur nous, les conversations que nous avons tenues, les films que nous avons vus, la longueur de nos coups de téléphone, le temps passé devant nos écrans, comment on crie et comment on embrasse. Les enfants ramassent nos traces comme des petits cailloux blancs. Ils nous miment et se préparent à demain où ils seront grands, libres de faire ce qu’ils voudront, peut- être le contraire exact de ce qu’ils nous voient faire.
Dans Le songe d’une nuit d’été, des mondes parallèles se croisent et s’entrechoquent autour principalement de l’amour. Le monde surnaturel, représenté par Titania et Obéron, observe et piège les humains avec une fleur magique qui vous fait tomber amoureux comme on tombe d’une échelle. Lorsque Fabrice Melquiot m’a proposé une rêverie adressée à tous autour de cette œuvre de Shakespeare, j’ai pensé que c’était une bonne occasion pour les enfants, qui habitent le monde surnaturel instinctivement (monde dont nous avons été chassés sans même nous en rendre compte), d’espionner le monde dit réel des adultes sur cette question hautement importante et mystérieuse, et qui les regarde de près, l’amour et le désamour, les adolescents du songe devenant dans cette nouvelle version, des parents d’aujourd’hui.
Les enfants vont ainsi examiner comment les adultes aiment et puis plus, et puis aiment encore et puis plus. Avec une grande interrogation sur ce qui fait aimer et puis plus. Ils vont éprouver les adultes en leur tendant le piège de l’amour à répétition. À partir du moment où on aime plus d’une fois, jusqu’à combien de fois peut-on aimer ? Pourquoi s’arrêter ? Car ce serait quoi aimer ? Et qu’est-ce qu’on aime ? Et combien de temps ? Et qu’est-ce qui fait aimer ? Si c’est un jeu absurde ? Un manège infini ? Les enfants vont faire le pari, sans oublier de croiser horriblement fort les doigts derrière le dos, que l’amour n’existe pas et ce sont les adultes qui vont le leur prouver. À moins que…

Le point de vue de Jean Bellorini

Nous sommes le jour du mariage. Il y a de l’électricité dans l’air. Entre joie et angoisse. Pour les enfants le compte à rebours a démarré. Il faut changer le cours des choses. Tel est leur pari secret.
Il nous faut rêver un spectacle effréné où les êtres humains sont dépassés par la mise en jeu des situations. On ne doit plus savoir si ce sont les personnages ou les acteurs eux-mêmes qui sont entraînés dans cette folie.
On dit « jouer » au théâtre. Les acteurs sont de grands enfants qui cultivent l’étonnement. La folie du jeu rend ivre...
L’espace aussi sera un espace à jouer. Un spectacle sur gazon avec arrière-plan de match de foot. Un mini pot de confiture contenant le «charme» caché dans un ballon. Chacun frappe dans la balle comme pour donner un coup de pied dans le destin de nos vies.
La musique, elle, sera le rythme endiablé de nos battements de cœurs au moment où l’on voudrait tout faire pour faire marche arrière. Entre des sons disco et techno - mais toujours pop - les marches nuptiales feront leur apparition... Un clavecin, des claviers, des orgues, une batterie électronique et une grosse timbale. Purcell et son Fairy Queen, Shakespeare et son Songe seront présents comme des fantômes.
La passion est au centre de la vie, au centre du jeu de la vie, des jeux dans la vie. Si le théâtre devrait tendre à être la vie, la vie, elle, est toujours du théâtre...


If love’s a sweet passion why does it torment?
If a bitter, oh tell me, whence comes my content?
Since I suffer with pleasure, why should I complain,
or grieve at my fate, when I know it’s in vain?
Yet so pleasing the pain is so soft as the dart,
That at once it both wounds me and tickles my heart.
[Si l’amour est une douce passion, pourquoi tourmente-t-il?
Si cette passion est amère, oh, dis-moi d’où vient ma joie?
Puisque je souffre avec plaisir, pourquoi me plaindre
ou m’affliger de mon sort, alors que je sais que c’est vanité?
Pourtant si agréable est le mal, si doux le dard
qu’il me blesse et en même temps flatte mon coeur.]


(Extrait de Fairy Queen de Henry Purcell (1692), semi-opéra dont le livret est une adaptation anonyme du Songe d’une nuit d’été.)

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